Old Vibes Good Vibes

Freedom For King Kong ; back to the primate

10 ans maintenant que le gorille breton a arrêté de semer la pagaille sur la scène alternative française. Comme on est fans, il fallait qu’on en parle (Old vibes, good vibes bitches !) ; nos quelques mots à propos d’un groupe qui voulait briser les styles, les règles et quelques jambes.

Bretons bruts (mais pas que)

L’aventure Freedom For King Kong a démarré, selon metalorgie.com (que nous saluons), en 1996. De métal il en est question, oui, — même si bon… pas de double pédale pas de métal ! — mais pas seulement. Si FFKK évolue entre rythmes rocks furieux et riffs de guitare métal scandés, sa palette sonore ne s’arrête pas là ; le kong n’aime pas bien les barrières (nous y reviendrons).

Le groupe s’architecture sur une base rock (chant, guitare, basse, batterie) additionnée, peu après les débuts du groupe, de claviers/synthés. Aux manettes, respectivement, Bring’s, D’jey, JeanBu, Nico et Ton’s (qui officiera par la suite avec les Svinkels sur Dirty Centre).

Malgré cette formation « relativement classique » les compositions du groupe sont hétérogènes et riches de textes engagés et engageants. 4 albums studio naitrons des 13 années d’existence du groupe.

S’il fallait les classer dans un genre, on ne les classerait pas, et si on devait les classer quand même, on ne les classerait pas quand même.

S’il fallait les classer dans un genre, on ne les classerait pas, et si on devait les classer quand même, on ne les classerait pas quand même. Nonobstant, comme ces parasites de journaleux — 2nd degré hein les mecs — devaient à l’époque documenter un tout petit peu ce groupe qui montait, ce dernier a fini par définir son genre : « la gorill’music ». Ce qui ne veut absolument rien dire mais traduit toutefois relativement bien la puissance sonore du bordel généré par lesdits artistes.

C’est donc en 2007 que l’histoire de FFKK s’achèvera laissant nombre d’oreilles orphelines d’un son hors normes et un dernier enregistrement live (La DER – Live au Manège) pour testament.

L’homme, des sons, du singe

La remarque semblera peut-être un peu banale, mais faisons-la quand même : Freedom For King Kong est un groupe qui a un son bien à lui. Et si la personnalité sonore du groupe a su évoluer au cours des albums et de ses 13 années de lives acharnés et incarnés, elle reste reconnaissable, inimitable et certainement inimitée jusqu’alors.

La voix de son frontman, Bring’s, est en très grande partie responsable de ce fait. Il faut dire que l’homme est capable d’acrobaties vocales à peine croyables : voix caverneuse sombre et profonde, accents jazzy, métal hurlant, aigus de tête, parlés, rappés, chantés… le tout avec un groove à peine croyable. Pour autant les musiciens ne sont pas en reste question versatilité, rares sont les albums studio au sein desquels on peut dénombrer tant de variété avec tant d’aplomb.

Mis à part Marche ou rêve, 3ème album « rock-électro » très brut (et tuerie qui porte bien son nom), les autres opus du groupe panachent morceaux raggae, dub, rock et guitare ultra saturées ; parfois-même tout cela à la fois au sein d’un même titre. Un savant mélange qui fait toute la richesse de l’œuvre de FFKK et qui, a contrario, aura peut-être à l’époque empêché le groupe de percer auprès d’un public plus large ; les étiquettes ayant encore trop souvent le pouvoir en radio. Pas étonnant donc que Freedom soit un groupe qui ait principalement vécu sur scène et se sera principalement fait connaitre via le bouche à oreille.


C’est à ce moment de l’article que le rédacteur, mis face à sa conscience, se doit d’être complètement honnête et d’avouer qu’il a lui-même découvert ce groupe complètement marvelous à la radio. Sur Radio Primitive d’ailleurs ; ça ne s’invente pas. En voiture. Le titre c’était « Sodocratie ». Énorme.


Spontanément pourtant, même pour un groupe dont certains diraient qu’il est extrême, Freedom For King Kong s’avère vraiment facile à écouter. Et si cela tient en partie à la gouache des morceaux, celle-ci ne serait rien sans l’exigence distillée par le groupe.

Et de l’exigence il y en a : des placements des intrus à celle des voix, des textes à la production, on rencontre assez peu ce niveau de qualité sur des premiers albums. Citoyen du monde ne semble d’ailleurs absolument pas être un premier album. Loin de là.

Des gifles et des lettres

Cette maturité ne s’exprime pas que dans le son du groupe. Nous invitons chaque lecteur — de ce qui devait être une recommandation et tourne tranquillement à l’apologie — à se pencher sur les textes du King (kong évidemment).

Qu’est ce que t’étais belle en 89
Un bel anniversaire, une sacré teuf
Partout dans le monde on ne parlait que de toi
Déjà hécatombe, autant de crise de foie
Puis t’as disparu, t’as changé de régime
T’as quitté nos rues pour une place en Chine
Qu’est ce que tu deviens ? Allez raconte moi !
D’où est-ce que tu viens et surtout où tu vas
Mais s’il te plaît rappelle moi ton prénom
Révolution

Révolution, Citoyens du Monde (1999)

Parfois revendicatifs, parfois intimes, parfois dans le storytelling, parfois engagés, enragés… Le Gun Tune n’est seulement pas une arme puissante, elle vise juste, cherche le jeu de mot et file les métaphores ; on est plus proche de la philosophie d’écriture du rap que de celle du métal (généralement plus phono-centrée). FFKK pousse du son pour passer un message et celui-ci n’est pas relégué au second plan de la création.

Captif de cette prison
De chair et de sang.
Mon coeur comme unique compagnon
Pour rythmer le néant.
D’un quotidien sans saveur
Où seul le silence
S’emploie à compter les heures
De ma pénitence.
J’ai envie de crier fort
Et haut secours.
Affranchissez moi de ce sort,
Stoppez le compte à rebours.

Issue de ce corps, Issue de ce corps (2006)

Tout comme en termes d’instrumentation et de jeu vocal, le cratère textuel entre certains titres du groupe peut paraître immense : de Sodocratie, dénonciateur à tout casser, à Issue de ce corps, texte dédié à Vincent Imbert par exemple. Mais peut-être qu’en fait de cratères c’est de ponts qu’il faut parler ?! Encore une fois, le gorille semble s’affranchir des barrières ; reste juste à l’auditeur d’ouvrir suffisamment ses esgourdes pour apprécier la qualité et la diversité de cette écriture.

Freedom For King Kong ; en un mot comme en son

Quelques mots peut-être avant cette sélection toute arbitraire de titres du groupe. La rédaction a eu la chance de participer à un concert de FFKK lors d’un festival en 2004 (Les mondes solidaires, Fossoy). Les vidéos que vous pourrez retrouver sur YouTube ne mentent pas, l’énergie déployée par le groupe (dans son ensemble) était assez folle. Tout comme les quelques moments d’échange plus calme ; Brings fit d’ailleurs ce soir-là s’asseoir toute l’assemblée pour lui parler de « Babylone » avant d’en exécuter une version survoltée et de relever tout le monde en une demi seconde. Et puis… la violence libératrice d’un rock rageur et nécessaire. On aurait facilement pu y laisser une jambe ce soir là, on en garda quelques bleus et les souvenirs d’une belle énergie.

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Ludo

Ludo

Hypersensible à la musique (un peu trop en live d'ailleurs), j'écris comme je parle, je parle comme je pense, je pense que je parle trop mais que j'écris trop peu. Objectif : découvrir et faire découvrir. J'aime pas les albums-produits mais les albums bien produits.