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Hermetic Tarot (Fulcanelli’s Secret) : alchimie musicale

Voyageur sonore exilé au pays du soleil levant, Julien Lecoq a livré il y a quelques jours à peine son nouvel opus solo. Résultat d’un travail d’alchimiste sous le nom de Fulcanelli’s Secret, nous avons goûté l’étrange mixture et vous en traduisons les effets sur nos esgourdes dans les quelques lignes suivantes.

In tempore priorem

Découvert au détour de grooves psytrances commis au sein du groupe Bio-Tonic dans les années 2000 (« les années 2000 » !), Julien Lecoq, s’il a posé ses valises au Japon, n’a pour autant pas lâché ses synthétiseurs. Auteur de titres house destinés à la moiteur des clubs aussi bien que d’une techno plus progressive, le producteur s’était offert des escapades plus tranquille à travers un « projet » downtempo : Fulcanelli’s Secret.

les quelques pistes […] semblent avoir ouvert une nouvelle brèche sur l’horizon de son compositeur

Distillées gratuitement via son SoundCloud, les quelques pistes signées au nom de l’alchimiste semblent avoir ouvert une nouvelle brèche sur l’horizon de son compositeur ; une brèche officialisée ce 18 juin dernier avec la publication Hermetic Tarot. Le LP est distribué à prix libre — mais supérieur à 700 yens, environ 5.60 € — en indépendant via un BandCamp tout neuf.

Pour autant l’artiste ne semble pas en avoir fini avec ses anciens amours ; celui-ci a en effet publié il y a quelque temps un 4 titres nommé Litany of Light sous le pseudo (et dans la veine) de Bio-Tonic.

Momentum

L’amour des synthétiseurs et des envolées électroniques ne datent pas d’hier chez Julien Lecoq. Si c’est évidemment un domaine dans lequel la psytrance pouvait laisser quelques portes ouvertes, on se souvient toutefois plus particulièrement des morceaux downtempo glissés en fin des albums de Bio-Tonic : Relaxtrack (sur On The Rox, 2003), Aroma Divina (sur Divina, 2004) ainsi que l’excellentissime It’s Only A Story (sur Klash, 2006).

Mais pas seulement. À réécouter la discographie solo ou en groupe de Julien Lecoq cette tendance se dégage de façon assez régulière jusque dans les montées précises et travaillées réalisées au sein du duo BroZ.KorP, tentative electro datant de 2010.

Activé depuis maintenant 4 ans, le projet Fulcanelli’s Secret avait déjà généré pas moins de 12 tracks distribuées librement par l’artiste dont des pistes-fleuves dont on imagine qu’elles ont auraient pu donner naissance à un premier album. Mais non.

toujours dans le clair-obscur

Avec 44 minutes, the 12 keys of philosophy est une introduction de choix au travail de l’alchimiste : relativement downtempo, parfois ambient, toujours dans le clair-obscur, à la recherche d’une magie issue des machines.

Hermetic Tarot

Hermetic Tarot s’inscrit totalement dans cette logique et les synthétiseurs y sont, évidemment, les rois. Difficile de ne pas penser aux Jean-Michel Jarre (de la bonne époque), à Vangelis, à Tangerine Dream. Le monsieur ne fait pas de la musique électronique, non, « il fait de la musique avec des instruments électroniques ». De fait, la production leur fait la part belle : le sound design est chiadé et le mastering est à l’avantage des oscillateurs, vibrants.

L’album s’ouvre sur un Son of the morning trempé à la fois de mélancolie et d’espoir, comme au petit matin : les pieds sur terre et la tête encore dans les étoiles. C’est d’ailleurs le sentiment prépondérant qui se dégage de Hermetic Tarot et une bonne définition de l’alchimie, dans l’idée que s’en fait le plus grand nombre, mais sous forme musicale. « Mélange de chimie, de mécaniques envoutées et de magie noire » ne serait-ce pas une bonne définition des synthétiseurs analogique comme de cette science que travaillait Fulcanelli (l’homme mystérieux né au 19e siècle) ?

Quoi qu’il en soit, c’est avec une belle liberté de ton que s’exprime Julien Lecoq au sein de cette œuvre. Le mariage entre sons « vintage » — ou, tout au moins du passé — et ceux plus modernes se consomme sans modération ; la piste Children of the voice en est une belle célébration (et ce n’est bien entendu pas la seule).

puis vient Hierophant : une claque.

Les morceaux d’Hermetic Tarot s’enchainent comme une suite de constructions musicales souvent progressives parfois planantes, parfois plongeantes puis vient Hierophant : une claque. Plus sombre (et plus rapide) que les pistes qui l’entourent, ce titre pourrait être la métaphore d’une trappe qui s’ouvre sous les pieds de l’auditeur, l’entrainant dans les limbes d’une réalité alternative et, de fait, incompréhensible. C’est sur une note plus rassurante que The hermit vient clore l’album muni de nappes jarresques et d’un lead pinkfloydien à la reverbe lumineuse.

Ad finem

Ce premier LP signé Fulcanelli’s Secret est difficilement classable — pas qu’on en ai besoin pour le recommander. Lové entre une magie venue du passé et une énergie du présent, Hermetic Tarot offre une très chouette excursion musicale loin d’être réservée aux amoureux des synthés.

L’album — qui mérite plus d’une belle écoute au casque — est de ces œuvres qui à la fois raconte une histoire cohérente au long de ses 10 titres, à la fois est suffisamment hétérogène pour donner une vraie valeur à chaque piste.

À bon écouteur…

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Ludo

Ludo

Hypersensible à la musique (un peu trop en live d'ailleurs), j'écris comme je parle, je parle comme je pense, je pense que je parle trop mais que j'écris trop peu. Objectif : découvrir et faire découvrir. J'aime pas les albums-produits mais les albums bien produits.