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Nocturne (Girls In Hawaii), crépuscule onirique

Comme une invitation à fermer les yeux, le tout récent album des Girls In Hawaii se nomme « Nocturne ». Alors, pour accompagner la musique, nous avons fait des rêves ; à moins que ce soit le contraire.

L’échappée

Les Girls in Hawaii, nous les connaissons depuis 2003 ou 2004 — ce qui ne nous rajeunit pas. Venus partager une toute petite scène rémoise avec leur confrères belges de Ghinzu, ils étaient arrivés sans Denis, leur batteur, qui s’était, de mémoire, cassé le poignet ou quelque chose de désagréable du genre. Résultat : un concert accoudé à la boite à rythme pas bien facile à gérer pour le groupe et pourtant… pourtant la magie de From Here to There avait laissé tout le monde sous le charme. De l’album émane la clarté et la légèreté d’une balade dans les champs, quelque chose de pop et folk (mais pas rétro) ainsi qu’une certaine idée de la lenteur — cela, nous y reviendrons.

From Here to There porte en son sein quelques bijoux : 9:00 AM qui donne le ton, Casper (ci-dessous) paisible et intense, Organeum (magnifique), seul morceau de plus de 4 minutes d’un album qui, il est vrai, est trop court. Sans oublier Bees & Butterflies, devenu un classique. Mesuré mais puissant, ce premier album est à la fois mature et juvénile, d’un équilibre bluffant.

S’en suivra Plan Your Escape en 2008 (et un joli Bataclan pour nous). Un album beau comme un printemps : plein d’énergie, héritier de la mélancolie de l’hiver passé et renouveau de la vie. Électrique et vigoureux, cet opus montre une autre facette du groupe. Comme pour leur 1er album, les Girls In Hawaii ont composé une œuvre dont les pièces semblent familières dès la première écoute. Non pas qu’ils fassent des chansons faciles, mais plutôt des œuvres qu’on s’approprie instantanément. Plan You Escape bénéficie d’une instrumentation plus riche, de voix encore plus travaillées, de guitares plus saturées, plus vives, des ruptures plus franches aussi. On aime particulièrement Bored, Fields Of Gold, Colors et, bien sûr Plan Your Escape : une marche musicale et métaphorique vers l’horizon.

En 2010, cette douce escapade sera durement stoppée par le triste accident qui emportera Denis. C’est un membre du groupe, un ami et un frère que perdent les Girls In Hawaii.

entre balades electro folk, rêveries et une insatiable volonté d’avancer

Everest sera livré en 2013 après une absence qu’on imagine nécessaire. Ce dernier ne pourrait mieux porter son nom : plus froid, plus dense, il oscille entre balades électro folk, rêveries et une insatiable volonté d’avancer. Introduit par The Spring, Everest c’est à la fois la fonte des glaces, le soleil qui revient quoi qu’il arrive, et une montagne à dépasser : Misses. Il s’agit d’un album (re)fondateur pour le groupe, une nouvelle mue qui donnera naissance à des titres incontournables de la discographie tels que Switzerland, Mallory’s Height ou encore Rorscharch.

En août 2014, les Girls In Hawaii publient Refuge. Un EP surprise de 5 titres inédit qui sera suivi de près par Hello Strange (en novembre) : enregistrement live effectué sur une tournée où l’ensemble des titres ont été réorchestrés. Plus acoustique et plus électronique, moins électrique, le résultat : enveloppant et magistral.

Photographies du ciel

Arrive enfin Nocturne, objet de ce billet. L’album s’était partiellement dévoilé au cours des mois précédant sa sortie avec les clips This light et Walk. Une entrée en matière sonore certes emprunte de cette mélancolie propre aux harmonies du groupe mais sans tristesse ; comme une ténacité heureuse — hum, attendez, c’est le bon moment pour revenir à cette histoire de lenteur.


Attention, ceci est une interprétation toute personnelle du rédacteur de l’article (comme le reste, mais en pire, voyez ?!).

Ce n’est pas que la musique des Girls in Hawaii est spécialement lente, non, ce n’est pas l’objet de cette réflexion. Pour autant elle est relativement contemplative ; comprenez par là qu’elle créé et évoque des images. Dans mon cas, des photos de paysages ou des scènes familières comme filmées au ralenti.

Cette impression, toute subjective encore une fois, est peut-être liée à la construction progressive des morceaux… ou aux voix et chœurs somme toutes éthérés ; proches et lointains à la fois. Peut-être est-ce également les polyphonies très travaillées, et ce dès le premier album du groupe, qui contribuent à étirer le temps jusqu’à parfois l’arrêter.

Ce qu’il y a de certain c’est qu’il y a à la fois de l’espace et de la proximité dans les compositions du groupe ; de l’énergie et de la lenteur. Si certains artistes vous projettent au cœur d’une vie citadine effrénée, les Girls In Hawaii eux seraient plutôt nos guides sur des chemins escarpés.


Cette fois, c’est donc de nuit que le groupe nous invite à nous échapper. L’album est assez court, quelques 42 minutes environ pour 10 titres et s’ouvre sur l’arpège lancinant de This Light qui donne le ton : l’album sera atmosphérique.

Ce nouveau voyage veut nous porter plus loin, vers une contrée plus vaste

Et en effet, l’album est plus dans la veine de ce que les fans on pu apprécier avec Hello Strange : des arrangements qui laissent à la fois plus de place aux instruments acoustiques pour s’exprimer… et plus d’électronique aussi, des synthés aux percus. Une impression confirmée de suite quand démarre Guinea Pigs et le souffle lointain de son refrain. Ce nouveau voyage veux nous porter plus loin, vers une contrée plus vaste, tout en conservant cette part très intimiste propre aux Girls in Hawaii.

Qu’en dire de plus sans trop vous en dévoiler ? Nocturne est, comme le reste de la disco du groupe, facile à apprivoiser. Familier dès la première écoute, il est pourtant bien différent des opus précédent.

Dès la 3ème composition, Cyclo, l’album semble comme gagner en intensité. Sensation confirmée avec Indifference puis l’excellent Overrated. Avec ce dernier, on est à la limite du shoegazing : puissant d’abord, puis aérien, agile. Dans la même veine, Blue Shape, fait partie des morceaux qui sculpte les formes de cet album :

Nocturne s’apprécie d’une traite.

Plus encore que les précédentes œuvres des Girls In Hawaii, Nocturne s’apprécie d’une traite. Quand l’album se referme sur le surréaliste Up on the Hill c’est un peu la surprise. Comme à lire une bonne nouvelle, la fin arrive un peu tôt même si les mots ne laissaient aucun doute.

Nocturne offre des balades introspectives insensées. Comme à admirer les étoiles un soir d’été on se sent bien tandis que l’air du clair de lune, caressant, nous donne aussi quelques frissons. On recommande évidemment (mais avec une petite laine quand même).

Le bonus

On vous laisse avec ce live d’une petite heure capté pour Culturebox au festival Rock en Seine qui se tenait en fin d’été.

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Ludo

Ludo

Hypersensible à la musique (un peu trop en live d'ailleurs), j'écris comme je parle, je parle comme je pense, je pense que je parle trop mais que j'écris trop peu. Objectif : découvrir et faire découvrir. J'aime pas les albums-produits mais les albums bien produits.